Palimpseste, tel est le thème de l'exposition de Catherine Libmann pour la 4è édition de Papier d'art, papier de Couze.

Chutes en friche

Chutes en friche, 2012, papiers © Lola S. 

Dans le cadre du projet "Papier d'art, papier de Couze", la commune de Couze et Saint-Front - en partenariat avec l'Agence Culturelle de Dordogne-Périgord - a commandé à Catherine Libamnn, plasticienne aux multiples facettes, une oeuvre mettant en scène l'un des patrimoines de la commune : le papier chiffon.

Du 13 octobre au 16 novembre 2012, l'installation"Palimpseste"  investit différents espaces du moulin à papier de La Rouzique  déclinant ainsi le parcours de l'artiste entre fibres et lectures.

Palimpseste : parchemin dont la surface a été grattée pour être ré-utilisée. La démarche est posée et l'idée est prégnante dans chacune des installations présentées au moulin. "Des propositions qui se révèlent ici comme une histoire s'écrit, s'entrelace. Jour après jour. Constituer de nouveaux langages qui ne sont pas pris en compte par la "réalité". Papier support. Papier révélateur."  Tel est le commentaire de Catherine Libmann concernant son travail de création in situ - à Couze, au Moulin de la Rouzique - réalilsé au printemps 2012.

Le roman de Clive Baker - Le Royaume des Devins - est le point de départ de cette exposition. Il y est question d'un tapis dans lequel vit un peuple. Licière, l'artiste ne pouvait que tisser des liens entre la tapisserie, ses lectures et le papier. Dans la chiffonnerie, le palimpseste prend corps sous la forme de ce tapis dontle motif est composé d'éléments de recherche sur le papier et la fibre entrepris par Catherine Libmann dès les années 1990. Il retrace l'itinérance de l'artiste, à la façon d'un carnet de voyage dont l'une des étapes fut Couze et ses moulins.

Papier mémoire, il transcrit des empreintes du temps, des mots, des idées, de ce qui nous fait. Il porte également en lui les gestes des ouvriers papetiers. Il est un vecteur, un passeur. C'est la raison pour laquelle mener ses recherches sur place et manipuler la pâte à papier fournie par les Papeteries Prat-Dumas (plus ancienne entreprise de France labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant) et le Moulin de la Rouzique a donné de la profondeur  à sa démarche.

Les oeuvres exposées dans la salle des machines font écho au lieu, au village et à son histoire : elles sont architecture et retranscrivent l'horizontalité du site "entre rivière et falaise" et la verticalité des bâtiments accentuée par les volets des séchoirs à papier. elles ont également transparence, laissant une échappée visuelle,  annonçant autre chose, de nouvelles dimensions comme les fenêtres des moulins ouvertes sur le paysage. Des trous, du papier qui se délite, de la dentelle de papier ... Autant de possibilités offrant à voir la matière dans tous ses sens, ce qu'il s'y passe derrière, dedans, à sa surface.

Les installations de Catherine Libmann résultent d'un travail de perception : perception de l'espace, de l'histoire, du temps, des différents lieux. A première vue, il  y règne un sentiment d'immualité. Mais en créant in situ, l'artiste a finalement perçu que tout est mouvement, en évolution, une évolution calme et sereine. Une évolution vers u ailleurs, une autre époque ..., une nouvelle fenêtre.

Florence Veyron, responsable du Moulin de la Rouzique (association "au fil du temps") -  octobre 2012

 

Invitation

Le monde sans vous de Sylvie Germain (extrait)

En Sibérie, le nomadisme porte une constellation de noms, ceux des peuples de pêcheurs, de chasseurs et d'éleveurs qui longtemps nomadisèrent : Vogoules, Ostyaks, Bouriates, Tatars, Nganassanes, Evenks, Tofalars, Evènes, Enets, Sakhas, Tchouktches ... Mais la constellation s'est amenuisée et n'en finit pas de s'amoindrir. Certains peuples ont disparu comme les Chelagues, les Assans, les Koths, les Omarks oules Khoidams et tant d'autres.

Des peuples, des langues, il s'en efface continuellement sans que nous nous en alarmions vraiment comme disparaissent des races d'animau, des plantes et comme s'épuisent des forêts et des mers.

Avec tous ces peuples et leurs langues et leurs chants, c'est un peu de l'âme du monde qui chaque fois s'en va, qui s'effrange et se troue.

Ma mère, on t'a mandée ailleurs, dans l'invisible. Avec toi, c'est un fil de plus qui vient d'être tiré, retiré. Un fil minuscule, parmi des millions d'autres qui chaque jour sont arrachés sans bruit à ce monde, tandis que par myriades de nouveaux brins sont introduits dans sa trame mouvante.

Mais les nouveaux ne prennent pas la place des anciens, chaque fil est unique, aussi intime ait-il pu être.

Tout est écriture et effacement continue. Mais des traces subsistent, confuses et coriaces ; ce qui s'estompe forme une ombre mouvante qui étame les mots présents, frissonne au creux de chaque lettre.

Chair des vivants, corps de la terre, humus et vent, lymphes des fleurs et des mers, et sang des lettres : tout est ensemencé de résidus, imbu de réverbérations.

Tout est palimpseste.

Et les voix tues parfois remontent sous la surface de la texture actuelle du monde, voix clandestines qui brouillent ceux des vivants, leur dictant incidemment des inflexions insolites, des enrouements et des soupirs.